7 h 15. Réveil. Foutu réveil.
Il est temps de se lever. C'est difficile comme toujours. Marcher à tâtons jusqu'à la salle de bain. Oh mon dieu, qui est l'horreur dans le miroir ?
Ah, c'est juste moi ... juste une tête banale ou les rides apparaissent. A force de se forcer à sourire, sûrement. Se maquiller, en vitesse. Je vais déjà passer deux heures à me faire triturer les cheveux pour essayer d'en faire quelque chose, et me faire maquiller avec des tonnes de fond de teint pour, aux grands dieux, cacher mes imperfections et mes rides.
En partant, je glisse un regard vers la photo qui trône sur mon chevet. Un homme banal, et un petit garçon identique. Je me demande ce qu'ils peuvent bien faire en ce moment. L'adulte doit se réveiller dans les bras d'une belle blonde, le gosse s'avale des tartines dégoulinantes de nutella. Visions purement spéculatives. Et à vrai dire, je m'en fous. Enfin je crois ...
Rêvasser ne me rend pas beaucoup plus en avance. Dans la voiture, j'allume la radio qui débite dix informations à la seconde. Ca parle que de bonnes nouvelles, de paix signées, de mariages princiers. Ca change ...
J'arrive en retard au studio. Comme toujours. Je hais les embouteillages, tous ces gens qui se pressent pour aller à un travail qu'ils n'aiment pas ... moi la première. Le directeur me dit que j'ai une heure pour apprendre mon texte. Comme toujours. Je file donc au maquillage, pour essayer de me rendre... comment dire, moins laide ou plus belle selon les points de vues.
12 h. Mange en essayant de ne pas tacher mon tailleur crème. Je suppose que c'est à la mode puisque je dois porter cette horreur. Ca me fait penser à ces pièces montées pleines de crème. Et ça me suffit pour me couper l'appétit. Ca et un message. « bonjour. Juste pour t'annoncer que je vais me marier. Il faudrait que nous voyons l'avocat au plus vite. Bonne journée ».
Je hais les messages de ce genre, les pièces montées et ces gens heureux. Mais tout ça ne me fais pas apprendre mon texte.
12h59. Je suis sur le plateau. Je relis mes notes et je les hais déjà. Les gens autour me disent de sourire. Facile à dire. Voilà. C'est l'heure.
« mesdames messieurs, le journal de 13h. Tout d'abord, nous allons nous rendre à Jérusalem ou un processus de paix et engagé, pourvu que cela dure »[ mes collèges me regardent d'un drôle d'air ] « Ensuite, nous vous l'annoncions il y a quelque jours, et bien c'est officiel le prince de ... et sa fiancée se marie ce mois ci. A quand le divorce ? parce que vous me faites bien rire avec votre joie à vomir, vos mariages et vos processus de paix, mais combien de temps ça dure ? le temps que l'on se rende compte que tout n'est pas parfait, que le coté humain, égoïste de l'homme ressorte et fiche tout en l'air. Vous êtes tout content, la robe est blanche, la pièce montée dégouline de caramel, l'homme est beau. Vous vous maquillez pas encore pour cacher vos rides, et votre ventre s'arrondit harmonieusement. Puis ça devient moins bien, votre mari est moins souvent là, le gosse braille, le boulot vous ennuie et tous les matins, il y a les embouteillages. Et ensuite, celui qui vous avait juré fidélité vous trompe, emmène votre enfant, en prétextant comme excuse que votre boulot vous occupe trop. Et enfin, vous vieillissez seule avec vos rides, votre ventre plein de cellulite, votre travail toujours aussi chiant, ou il faut faire semblant et sourire, toujours sourire. Et encore sourire quand votre ex mari vous annonce qu'il va se marier avec une femme qui a la moitié de votre age, mais 30 cm de jambes en plus. Sur ce, nous souhaitons tous nos v½ux de bonheur aux futurs mariés »
13 h 09 . Virée, sans mari et sans enfant. Mais sans boule au ventre non plus. Je sors du studio, il commence à faire froid, c'est le début de l'automne. J'espère que pour son mariage, il pleuvra. Ca tachera sa robe. De toute façon, si notre enfant ne fout pas toute la cérémonie en l'air en disant qu'il s'ennuie, ça sera déjà un miracle pour eux. Dans la rue, il y a plein de couples, mais je m'en fiche, j'ai tout le temps, si ça se trouve, je ne finirai pas vieille fille. Et puis sinon, je pourrai dire à des commères autour du feu que les hommes sont tous des malotrus. Ca me fait rire d'avance. J'aurai plein de rides et personne ne me dira de les cacher ... A la télé chez un marchant d'électronique, je vois mon directeur qui s'excuse de mes paroles .Je lui ai fait payer toutes ces années à m'énerver. Il est dans l'embarras. Et moi je souris. Tout simplement.